LE 7 OCTOBRE 2017

« Something is happening »

Il y a une vibration dans l’air, une émulation créatrice nouvelle. Les murs de la ville se couvrent de réalisations plus personnelles les unes que les autres où chacun exprime son cheminement intérieur à travers des réalisations ad hoc. Ce bruissement artistique nous met en éveil, Julien et moi.

Alors que la précédente période artistique semble moribonde, nous passons le cap décrit par Hannah Arendt dans son ouvrage La crise de la culture, où «Les acteurs et les témoins, les vivants eux-mêmes, prennent conscience d’un intervalle dans le temps qui est entièrement déterminé par des choses qui ne sont plus et par des choses qui ne sont pas encore».

L’art contemporain était entré dans une «impasse» (Jean-Luc Chalumeau), et on ne cessait d’entendre, en tant que marchand de tableaux : «la peinture est finie», «elle est morte», «le monde va passer à une nouvelle expression artistique». Nous refusions cette fatalité programmée de la mort de la peinture car nous savons combien elle est un besoin vital pour nombre d’artistes.

Nous faisons alors la rencontre de Jaëraymie et de Mr. Renard. Ils nous parlent d’«authenticité», de «vérité». Après la période «sensationnaliste» de cette fin de siècle (expression de Nathalie Heinich), leur vision de l’art est celle que nous recherchons, Julien et moi.

Mr. Renard nous ouvre la porte de son atelier. C’est le choc. Il se passe quelque chose. Il nous déroule des mètres de peintures. Un art nouveau, point de convergence entre ce qui a pu être découvert par l’art moderne (cubisme, expressionnisme, action painting…) vient se synthétiser comme modes d’expression assimilés sur des œuvres où vient se percuter le résultat de vingt ans d’un parcours initiatique fait dans la rue dès l’âge de onze ans.

Il fallait attendre que le XXIème siècle s’installe pour voir apparaître une peinture neuve, née de la rencontre entre deux mondes qui évoluaient parallèlement depuis soixante ans : l’art moderne et le street art.

En ce qui concerne Jaëraymie, cet art moderne dont il est pétri, est celui de la pop culture, de la typographie, des images iconiques qu’il se réapproprie, soit pour faire des œuvres à message pour éveiller les consciences, soit des œuvres humoristiques pour apporter de la légèreté dans ce monde. Il a utilisé la rue comme un porte-voix. Avec ses réalisations «mobiles», il transmet ses messages et son humour de façon plus posée, en galerie, où on prend le temps d’observer, de discuter, de réfléchir.

L’art urbain vient réinventer l’art moderne et en devient son prolongement. La mort de la peinture n’aura pas lieu. Cependant, les nouvelles technologies qui devaient absolument la supplanter ont toute leur place dans cette nouvelle créativité. Elles en sont un support capital pour bien des artistes, notamment pour Jaëraymie dans certaines de ses oeuvres.

La régénérescence de la peinture que nous attendions en tant qu’observateur du monde de l’art est devant nous. Julien et moi décidons de lancer le projet du YAM, un espace dédié à de jeunes artistes. Nous contactons alors Marion Harduin que nous connaissons déjà depuis plusieurs années.

Sa formation est différente. Ayant choisi la voie artistique depuis l’âge de quatorze ans, elle a suivi l’enseignement des Beaux-Arts de Paris. Mais, tout comme Mr. Renard et Jaëraymie, affranchie des courants artistiques passés qui sont intégrés comme faisant partie de sa culture, elle est libre pour créer son propre art. Ses dessins ne ressemblent à aucun autre, à rien de passé ou de présent. Ils sont délicats dans le trait, forts dans leurs sujets et thématiques. Ils parlent de positionnement dans un espace, de sentiment d’envahissement, procurent le besoin de prendre son temps, de s’abandonner à l’imagination, de faire confiance à ses sensations…

Ces trois artistes, bien que très différents en apparence, sont parmi les acteurs de l’art nouveau du XXIème siècle. Notre nouvelle galerie est leur point d’ancrage. «Something is happening», exposition inaugurale du YAM, est celle qui les révèle au grand public.





Le vernissage a commencé par une session de Street art dans les rues de Montmartre par Jaëraymie et Mr. Renard retransmis par facebook live en direct à la Galerie. Puis au cours de la soirée, performances live.